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Le texte

« En fait, le philosophe est autre chose qu'un roi. C'est même en un sens mieux qu'un roi, car il est capable de gérer, diriger, guider l'âme d'un roi, et à travers cette âme du roi, il est capable de diriger aussi l'âme des hommes et du genre humain tout entier. Le roi et le philosophe, monarchie et philosophie, monarchie et souveraineté sur soi sont donc des thèmes fréquents. Mais ils prennent, je crois, chez les cyniques, une tout autre forme, simplement parce que les cyniques posent l'affirmation très simple, très dépouillée, tout à fait insolente, que le cynique lui-même est roi. Ce n'est pas simplement l'idéal d'une cité dans laquelle les philosophes sont rois. Ce n'est pas cette espèce de jeu entre l'altérité et la supériorité du philosophe par rapport au roi. Le cynique lui-même est un roi, il est même le seul roi. Les souverains couronnés, les souverains visibles en quelque sorte, ne sont que l'ombre de la vraie monarchie. Le cynique est le seul vrai roi. Et en même temps, vis-à-vis des rois de la terre, des rois couronnés, des rois assis sur le trône, il est le roi anti-roi, qui montre combien la monarchie des rois est vaine, illusoire et précaire. Cette position du cynique comme roi anti-roi, comme le vrai roi qui, par la vérité même de sa monarchie, dénonce et fait apparaître l'illusion de la royauté politique, est très importante dans le cynisme. C'est elle qui explique le fait que la fameuse rencontre historique, entre parenthèses, vraisemblablement, bien sûr, mythique, fermée la parenthèse, d'Alexandre et de Diogène, constitue une de ces scènes en quelque sorte matricielles auxquelles les cyniques font perpétuellement référence. »

Michel Foucault, Le Courage de la vérité. Le gouvernement de soi et des autres II,  Cours au Collège de France (1984), Édition : EHESS – Gallimard – Seuil, (Édition établie sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana, par Frédéric Gros.),  collection « Hautes Études », 2009, pp. 252-253.

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